mardi 30 janvier 2018

Comment j'imprime mes linogravures

imprimer ses linogravures

Si vous me suivez sur Instagram, vous avez peut-être vu passer quelques stories en direct de l'atelier de gravure ce week-end. J'ai été très touchée par les retours que j'ai reçus à propos de la gravure que je partage avec vous aujourd'hui. Cet enthousiasme m'a rappelé une de mes aspirations créatives pour 2018, qui est de mettre davantage la gravure à l'honneur sur mon blog cette année. 

Ni une, ni deux, j'ai décidé de lui consacrer un article et de décomposer avec vous le processus de son impression. Je sais que cette pratique paraît encore obscure aux yeux de certains, alors si je peux contribuer, à ma petite échelle, à éclaircir les choses, j'en serai ravie.

Processus d'impression de la linogravure 


Le matériel de linogravure 


Voici le matériel auquel j'ai eu recours pour cette gravure. 

imprimer ses linogravures

  • Ma plaque de linoléum préalablement gravée avec mes fidèles gouges de la marque Pfeil. C'est le deuxième portrait que je réalise dans cette même veine. En bonne amoureuse que je suis des pulls jacquard, j'ai eu envie de décliner quelques personnages autour de ce thème. Je vous montrerai la jumelle de ce jeune homme très prochainement. 
  • des tubes d'encres typographiques. J'utilise la gamme Aquawash de la maison Charbonnel, des encres qui se nettoient à l'eau et dont je suis très satisfaite. Ils ressemblent à des tubes de gouache, mais la texture des encres est plus collante et pâteuse. Il faut la travailler un peu à la spatule avant de l'appliquer sur la plaque de linoléum gravée. Pour mon personnage en pull jacquard, j'ai opté pour de l'ocre jaune et un bleu de Prusse mélangé à une pointe de noir.
  • Des rouleaux encreurs. Je raffole des tout petits rouleaux, qui me sont souvent bien utiles pour des encrages de précision dans certaines zones de ma plaque où différentes couleurs se cotoient. 
imprimer ses linogravures
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Graver la plaque de linoleum 


Depuis mes débuts en gravure, je me suis concentrée sur la linogravure, qui n'est qu'UN type de gravure parmi d'autres. J'aime la douceur de la matière qu'on grave - des plaques de linoléum -, et le caractère moins physique de la tâche par rapport à la gravure sur bois. C'est une sensation que je trouve assez agréable. 

Je ne m'attarderai pas sur cette étape de la gravure dans cet article, mais je vous laisse observer l'état de ma plaque après l'avoir gravée. En gravure, je conçois toujours mes dessins sur papier, avant de les décalquer sur la plaque de linoléum. 

imprimer ses linogravures


Encrer la plaque de linoleum 


Comme je l'ai écrit, l'encre de linogravure "se travaille" avant de pouvoir l'appliquer au rouleau. J'utilise des spatules (ici, une spatule de peintre), et j'étire raisonnablement la matière. Le but est de pouvoir ensuite appliquer une fine couche d'encre sur le rouleau. La principale erreur à éviter ? Encrer sa plaque de linoléum avec un rouleau trop chargé en encre. Ce qui risque de se produire au moment de l'impression, c'est que l'encre   "bave" et comble les creux de la plaque, ceux-là même qui sont censés rester blancs. 


imprimer ses linogravures
imprimer ses linogravures

Je fais en sorte d'encrer ma plaque avec un rouleau encré de manière régulière sur toute sa largeur, pour une application d'encre uniforme.
Il n'est pas nécessaire de trop appuyer au moment d'encrer sa plaque, il faut simplement veiller à laisser le moins de traces de rouleaux possible, car celles-ci pourraient se voir à l'impression. 

Vous remarquerez que ma gravure est bicolore. Pour réaliser des gravures polychromes, plusieurs options se présentent à nous en linogravure : 

  • graver les différentes zones de couleur sur plusieurs plaques, et les imprimer en les associant comme un puzzle (je suis assez coutumière de cette méthode). 

  • réaliser une gravure dite "en réduction", ou "à lino perdu", ce qui consiste à graver et imprimer sa plaque en plusieurs fois, de la couleur la plus claire à la couleur la plus foncée, en regravant la plaque entre chaque étape. Au fur et à mesure qu'on regrave et réimprime la plaque couleur par couleur, celles-ci viennent successivement recouvrir partiellement les précédentes (je vous laisse aller regarder la jolie gravure Art Déco de Fabienne, pour laquelle elle a utilisé cette technique). À la fin du processus, la plaque de linoléum n'est plus utilisable, ce qui oblige à réaliser tous les tirages qu'on souhaite faire de sa plaque dès le départ.

  • Trouver des stratagèmes pour que les différentes couleurs choisies ne se touchent pas directement sur la plaque. C'est l'option que j'ai choisie pour cette gravure. 

imprimer ses linogravures

Ici, j'avais envie d'emprunter aux pulls jacquard leur variété de couleurs et motifs, tout en allant à l'essentiel dans mon trait. J'ai donc choisi d'exploiter le blanc du papier et de m'en servir comme une couleur à part entière pour le pull : en creusant une large bande dans ma plaque - comme je vous le montre sur la photo précédente -, j'ai non seulement intégré une partie blanche dans les motifs du pull, mais j'ai aussi séparé la zone supérieure du personnage, encrée en bleu marine, et la partie basse encrée en ocre jaune. Ces espaces, grâce à la large taille les séparant, ne se touchent pas, et il m'a donc été beaucoup plus facile d'utiliser deux couleurs sur la même plaque, sans risquer qu'elles se chevauchent et que le résultat ne soit pas propre. Sans cette astuce, il m'aurait fallu opter pour une des deux autres techniques sus-citées. 

À savoir que ce n'est pas un choix qui s'improvise. Il vaut mieux l'anticiper dès la conception du dessin. 


imprimer ses linogravures

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Grâce à la large bande blanche taillée dans la matière, je peux aisément réaliser mon encrage bleu marine sans dépasser sur l'ocre jaune préalablement encré.

Procéder à l'impression :


Une fois que la plaque de linoléum est correctement encrée, vient le moment que je préfère, celui de l'impression ! 


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En effet, la plaque de linoléum n'est qu'un intermédiaire, ce n'est pas la gravure ! Elle est une matrice qui va permettre de transférer son dessin gravé, puis encré, sur le papier. 

La gravure, c'est le résultat auquel on aboutit une fois qu'on peut tenir le papier entre ses mains. Elle diffère d'une illustration print classique par la technique utilisée et le fait que chaque tirage est un original, unique, car réalisé à la main. Il faut encrer à nouveau sa plaque de linoléum entre chaque impression, ce qui rend le processus d'impression très long quand on souhaite imprimer à 30, 50, 100 exemplaires (soyons fous !). À titre d'exemple, en l'espace d'un après-midi, j'ai pu imprimer cinq exemplaires de la gravure que je vous présente aujourd'hui. 

Cette étape de l'impression est vraiment pour moi la plus excitante, car c'est là que le dessin qu'on a imaginé prend vie. Jusque là, il n'est pas toujours évident de savoir si on a bien travaillé (comprendre, si le résultat sera à la hauteur de nos espérances) rien qu'en regardant la plaque de linoléum : on voit son dessin en négatif, les coups de gouges apparents donnent parfois l'impression d'un travail un peu grossier, et il faut forcer sa perception pour voir que les "creux" correspondent aux zones qui resteront blanches sur le papier. 

Pour imprimer ses linogravures, là encore, différentes techniques coexistent : 

  • imprimer à la cuillère : on place la feuille de papier sur laquelle on souhaite imprimer sa gravure sur sa plaque encrée, et méticuleusement, on vient littéralement appuyer sur la plaque avec une cuillère, centimètre par centimètre, en maintenant une pression égale avec le pouce et un petit mouvement de balancier. Je ne pourrai pas vous en dire beaucoup plus sur cette technique, car, impatiente comme je suis, je ne suis parvenue à aucun résultat probant avec elle. Il faut y passer beaucoup de temps, c'est un travail de titan, que je trouve peu agréable et même plutôt douloureux. Ceci dit, certains parviennent à de très beaux résultats avec cette technique (et ont toute ma admiration !).

  •  imprimer à l'aide d'une presse : je dispose d'une petite presse à manivelle à la maison depuis peu, ce qui a vraiment changé ma pratique de la gravure. C'est un vrai plaisir de pouvoir imprimer sans attendre mes linogravures, tranquillement depuis chez moi. Je l'utilise plutôt pour de petits formats, et réserve les impressions plus délicates au moment que je passe, une fois par mois, dans un vrai atelier de gravure, muni d'une grande presse professionnelle. 
imprimer ses linogravures

imprimer ses linogravures
Ici, sur la presse, on positionne la plaque de linoléum sur un fin papier protecteur. Sur celui-ci, j'ai tracé les contours de la feuille A4 sur laquelle je souhaite imprimer la gravure. Ce sont mes repères, qui me permettent de placer ma plaque gravée telle que je veux la voir imprimée sur le papier. 

imprimer ses linogravures
On place la feuille de papier sur la plaque (et non l'inverse, comme on le ferait avec un tampon) avant le passage sous la presse. (Personnellement, je recouvre encore la feuille avec un autre papier très fin)

Et voilà !

J'espère que vous aurez apprécié cette incursion dans le processus de création d'une linogravure. Comme je l'ai écrit dans mon premier article de l'année, j'ai envie, cette année, de vous apporter davantage de contenu autour de la gravure. Si j'ai fini par en partager de moins en moins en 2017, c'est que j'étais gênée de publier des articles simplement pour vous "montrer" une gravure. Si un article comme celui-ci vous a plu, j'essaierai donc de vous faire entrer plus souvent dans les coulisses de mes réalisations en gravure à l'avenir. 

Si vous avez des questions ou des choses que vous n'avez pas bien saisies dans mon article, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaire, je me ferai un plaisir de vous répondre !

imprimer ses linogravures
Et pour finir, une petite épingle 
si vous souhaitez garder facilement cet article en mémoire.
Rendez-vous sur Hellocoton !

4 commentaires:

  1. Oh, j’adore ce billet ! Tes photos sont parfaites, on se rend bien compte ! Mais j’aurais bien aimé que tu en ajoutes quelques unes de plus à la fin, voire une petite vidéo, pour montrer comment la presse fonctionne, et ensuite, le résultat fraîchement imprimé (en plus de la photo du résultat encadré en début de ton billet).

    Aurais-tu des conseils à me donner quant à l’achat d’une petite presse ? Quelle marque me recommandes-tu ? Y a-t-il des fonctionnalités, ou bien des caractéristiques, à privilégier ? Je suis une totale n00b en la matière, mais tu m’as donnée envie de m’y mettre. :)

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    1. Merci pour ton commentaire, je suis ravie que mon article t'ait plu ! Je réfléchis à d'autres articles sur la linogravure, et ai toujours en tête de publier un article décomposant le processus de A à Z. Mais c'est un article qui mettra du temps à naître, parce que la gravure n'est pas le domaine le plus évident à photographier en étant "au four et au moulin" (gérer la gravure, les mains pleines d'encre, d'un côté, et l'appareil photo d'un autre côté). Ca viendra, ça viendra, mais patience ! ;)

      Pour ce qui est de l'achat d'une presse, je n'ai pas assez de matière à comparer pour te conseiller une marque plutôt qu'une autre. En revanche, je te conseille de te rendre dans un magasin de Beaux Arts pour t'y renseigner, et de bien préciser que c'est la linogravure qui t'intéresserait (si c'est le cas), car toutes les presses ne sont pas forcément adaptées à tous les types de gravure. Mais l'achat d'une presse est tout de même un investissement, alors mon conseil serait de te laisser du temps pour débuter sans, en imprimant manuellement tes premières réalisations, et voir si tu prends vraiment goût à la gravure. Sachant que tu peux aussi trouver, un peu partout en France, des graveurs qui, depuis leur atelier, te proposent, moyennant un peu d'argent, te t'imprimer les plaques que tu leurs apportes. C'est une solution qui peut te laisser un peu de temps de réflexion quant à l'achat futur d'une presse, tout en t'offrant des impressions de qualité professionnelle pour tes créations. J'espère t'avoir aidé un peu !

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  2. Quel bel article !
    Je ne suis pas une spécialiste de la linogravure, mais j’ai déjà eu la chance de participer à un atelier avec l’artiste David Delesalle. C’etait Vraiment une belle expérience. Et j’adore le travail de cet artiste. Si tu ne le connais pas je t’invite à le découvrir.
    Bref. Sinon, tout ça pour dire que ton article m’a rappelé à ce bon souvenir. Je suis un peu touche à tout d’un point de vu art et DIY. Cela m’a donné très envie de m’y remettre. J’etais curieuse de savoir s’il existait une autre technique que la presse pour imprimer. Je connais la technique de la cuillère ou de la louche, mais il me semble qu’il n’y a rien de mieux que la presse. Où as-tu eu la tienne ?

    https://lesmarottes.wordpress.com

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    1. Merci beaucoup pour ta réaction ! Je ne connais pas cet artiste, mais je suis sûre en effet que ça a dû être une belle expérience. Le processus de création de la gravure est vraiment fascinant, je trouve, je ne pense pas que j'aurais eu envie d'essayer si j'avais seulement "vu des gravures" dans leur état final. C'est précisément le fait d'avoir pu observer l'envers du décor lors de quelques expositions consacrées à des artistes graveurs (le japonais Hiroshige, notamment), d'avoir vu les outils utilisés, les plaques encrées, qui m'a fasciné et donné envie de me lancer dans l'aventure.

      Pour ce qui est de l'impression, en effet, une presse de qualité est assurément la meilleure des options. Je connais cependant des personnes qui parviennent à des résultats impressionnants avec la technique à la cuillère. Personnellement, je n'arrive à rien de bon avec cette technique, qui demande énormément de patience, et aussi de force (ça fait mal au pouce), pour appuyer sur le papier en maintenant toujours une pression égale. Pour des gravures de petit format, ça va, mais pour de grandes impressions, ouille ! Ceci dit, je ferai un article en me forçant à utiliser cette technique, un jour, pour exemple. ;)

      J'ai acheté ma presse dans un magasin de Beaux Arts (Dalbe). J'avais besoin de la voir, et d'avoir parfaitement confiance pour ce premier achat, qui était déjà un petit investissement pour moi.

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