mercredi 11 mai 2022

A year of Stitches - Une année brodée - avril 2022

Ce projet brodé au long cours, A year of stitches, aura connu de si petites avancées au fil du mois d'avril, que j'avais pensé lui consacrer un nouveau billet à l'issue du mois de mai seulement. 

Et puis en réfléchissant, n'est-ce pas dans les petites avancées, n'est-ce pas en s'astreignant à documenter aussi bien les aboutissements que les faux-rythmes et les faux-plats qu'on peut rendre vraiment compte d'un projet comme celui-là, quand il s'agit d'en faire le bilan à la fin ? 

Alors le voici malgré tout ce billet d'avril. 

A year of Stitches - Une année brodée - avril 2022

A year of stitches - avril 2022


Avril, mois en pointillés

Si je relis mon billet du mois de mars, je vois bien que ce projet n'avance pas au rythme que j'avais prévu, que le premier oiseau composant cette toile n'a pas déployé ses ailes comme je l'espérais à l'issue de ce mois. 

C'est que, à la différence du reste de mon travail brodé, qui trouve sa place partout, jusqu'à se glisser dans le sac de mes escapades, ce projet-là, par son encombrement, ne quittera pas mon atelier, et n'a donc pas pu m'accompagner dans mes allées et venues d'avril. Avril qui m'aura amenée à travailler la plupart du temps hors de mon atelier, et à réaliser notamment un joli voyage à Lisbonne. (dont je rapporte d'ailleurs d'autres projets en cours, qui accaparent beaucoup de mon temps en ce moment, et verront le jour au début de l'été).

Les petites avancées 

Alors cet oiseau n'a pas encore déployé ses ailes. Malgré tout, il y aurait beaucoup à dire de ces toutes petites avancées, là, à la naissance de l'aile, car c'est une portion particulièrement minutieuse du dessin.  En cela, elle est bien plus stimulante pour moi que la partie précédente (portion blanche), qui avait été un peu ennuyeuse. 

C'est ici qu'entrent en jeu les dégradés, et que la peinture à l'aiguille prend tout son sens, que la longueur des points diminue pour rendre compte des plus petits détails. Ce sont d'infimes nuances de gris, ce sont des moments passés à reculer de mon ouvrage, à le regarder de plus près, à le regarder de plus loin. C'est fastidieux, mais derrière cette étape, c'est aussi l'impatience qui point déjà de voir cette étape achevée pour le découvrir vraiment, cet oiseau. Bientôt. D'ici le début de l'été sans doute. 

A year of stitches - avril 2022

Les nuances de gris 

Pour toutes ces nuances, voici un échantillon des coloris que j'ai retenus parmi la gamme de coton mouliné de DMC : 

Je le répète souvent, quand on cherche à broder selon la technique de la peinture à l'aiguille, la clé est toujours de choisir une quantité de teintes suffisamment importante, et de ne pas hésiter à retenir des tons très voisins dans sa palette. C'est de cette façon qu'on obtiendra les dégradés les plus doux et subtils possibles. 

A year of Stitches - Une année brodée - avril 2022


A bientôt, 



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jeudi 31 mars 2022

A Year of Stitches - Une année brodée - mars 2022

Le mois de février m'avait amenée à amorcer enfin les tout premiers points de ce projet personnel, A Year of Stitches, dont j'aborde la genèse dans cet article

Enfin lancée sur les bons rails, le mois de mars devait me permettre de trouver quelques automatismes avec ce projet. 

Le dessin étant définitif, la technique étant choisie, la palette de couleurs déterminée, il n'y avait "plus qu'à" broder. C'est donc ce que j'ai commencé à faire durant ce mois de mars. 

A year of stitches - Marion Romain

Le timing

Pour ce projet bonus, en mars, j'ai volé quelques minutes ici et là, rogné sur des petites fenêtres de temps libre. Il s'est fait rare, ou ailleurs que chez moi, le temps libre, ce mois-ci, ce qui a complexifié encore un peu plus la bonne tenue de ce projet, qui pour le coup n'est pas vraiment mobile. 

J'ai réalisé quelques points avant de filer prendre un train, quelques autres avant de quitter mon atelier en fin de journée. Dans ma tête, j'ai découpé les différents éléments de ce projet en grandes étapes : un oiseau pour le mois de mars, un oiseau pour le mois d'avril. Ce serait bien, ça. 

Aujourd'hui, c'est la dernier jour du mois de mars, mon premier oiseau n'a pas encore déployé ses ailes. Et ce n'est pas bien grave. Sur Instagram, la dernière fois que j'ai abordé les avancées de ce projet, une personne m'a écrit très justement : "petit à petit, l'oiseau fait son nid". C'est bien vrai. S'il y a une chose que je me suis bien promise, c'est de ne pas me fâcher avec ce projet. Cela passe d'abord par ne pas me fâcher avec moi-même. Même si tout ne va pas aussi vite que je l'aimerais, tout cela prendra le temps nécessaire, selon le temps que je réussirai à y consacrer. 

La technique : la peinture à l'aiguille. 

La technique que j'ai choisie pour ce grand tableau brodé est une sorte de peinture à l'aiguille que je qualifierai de "volontairement imparfaite". 

Quand ce projet m'est venu en tête, j'ai su assez vite que j'avais envie de me diriger vers la peinture à l'aiguille avec lui. C'est une technique, que je trouve fascinante. Une technique qui, comme son nom l'indique, permet de coloriser un dessin brodé par le fil en travaillant avec d'infimes nuances, presque comme s'il s'agissait de peinture. 

C'est une technique que j'aime beaucoup, mais que je n'ai pas si souvent l'occasion de pratiquer dans mes ouvrages les plus courants. Avec ce projet bonus, je me créais donc l'opportunité de développer ce petit rendez-vous régulier avec cette pratique minutieuse que j'apprécie, qui me met au défi. C'était une façon de faire en sorte que ce projet m'apporte réellement quelque chose dans ma pratique de la broderie. 

J'ai fait le choix de travailler intégralement avec un seul brin de fil. Un choix qui pourrait sembler surprenant, par rapport au format du support, car il exigera nécessairement plus de temps qu'une broderie à deux brins ou davantage.

C'est que pour expérimenter pleinement la peinture à l'aiguille, il était important pour moi de pouvoir faire les choses sans compromis. De sonder la couleur, les plus infimes nuances de beige et de gris.  Tout cela ne pouvait à mon sens ne se faire que brin par brin.

Travailler à un brin n'apporte pas que des complexifications, d'ailleurs : comme le montrent ces photos, mon remplissage est pas complètement uniforme, il est clairsemé, comme si l'on avait griffonné sur la toile. Avec cette technique, je ne vise pas un remplissage parfait, je cherche le geste, je cherche à fixer l'essentiel, comme si ces oiseaux avaient été peints par touches, de façon très spontanée. Adopter ce parti pris en travaillant avec davantage de brins aboutirait à quelque chose de plus grossier, alors qu'à un brin, cette peinture à l'aiguille "volontairement imparfaite" conserve toute sa finesse. 

A year of stitches - Marion Romain

Les avancées 

La partie la plus plaisante de ce mois de mars a consisté à réaliser la tête de ce premier oiseau. Commencer à le voir prendre forme à partir du bec, puis de l'ajout de toutes ces couleurs, était plein de variations, et ne laissait pas de place à l'ennui. Avec le ventre, et ces larges zones blanches, j'ai ensuite traversé une phase plus monotone, et, disons-le, quelque peu plus lassante.  

La suite 

En avril : cet oiseau devait avoir déployé pleinement ses ailes. Je commence à m'y consacrer dès aujourd'hui, mais ça, nous nous en reparlerons dans un mois si tout se passe bien. ;)

A Year of stitches : le bilan de janvier - Le bilan de février

A year of stitches - Marion Romain
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vendredi 18 mars 2022

Où trouver de jolis ciseaux de broderie ?

Ciseaux de broderie

A chaque atelier de broderie que j'anime, les petites paires de ciseaux qui m'accompagnent attirent toujours les regards des participant.e.s. Sur mon compte Instagram aussi, je reçois régulièrement des questions sur ces accessoires, qui viennent souvent se glisser ici et là sur mes photos. 

En quelques années, j'ai commencé à m'en constituer progressivement une petite collection, et il n'est pas rare que j'en guette quelques versions vintage dans les allées des vide-greniers. 

Si vous cherchez votre paire de ciseaux coup de coeur vous aussi pour accompagner vos ouvrages de broderie, voici un petit tour de piste de ce que j'ai pu repérer en ligne ces jours-ci :

Les ciseaux originaux à collectionner 



Ciseaux de broderie vintage


Ciseaux de broderie vintage


Ciseaux de broderie


Ciseaux de broderie

Les ciseaux vintage à chiner


Il n'est pas toujours évident de s'y retrouver sur le web quand on cherche d'authentiques ciseaux vintage. Beaucoup de paires de ciseaux neuves sont en effet "d'inspiration vintage", reproduisant les mêmes dessins que ceux d'antan, et se revendiquent de cette influence, quitte à ce qu'il ne soit pas toujours précisé qu'il s'agit d'une inspiration. Voici une petite sélection  de ciseaux anciens réalisée parmi mes derniers repérages. 

Des plateformes comme Le Bon Coin, ou Etsy (attention à bien slalomer entre les articles vintage et d'inspiration vintage, sur cette dernière) sont toujours des viviers de trouvailles fabuleux pour dénicher des articles de seconde main. 

Les authentiques ciseaux vintage seront souvent plus onéreux que les ciseaux d'inspiration vintage, selon leur unicité, leur époque, leur rareté, la préciosité de leur métal (certains en argent, notamment) ce qui peut vous mettre la puce à l'oreille au cours de vos recherches. Ce seront donc de belles pièces coup de coeur, qui conviendront plutôt aux collectionneurs et collectionneuses. 

Notez que les ciseaux vintage ne seront pas forcément les plus pratiques pour vous accompagner dans vos ouvrages, les lames pouvant avoir subi quelques marques du temps et être moins efficaces. Ceci dit, si vous accordez comme moi une certaine importance à l'image et que vous êtes amené.e à mettre vos réalisations en valeur sur votre boutique ou sur les réseaux sociaux, ils pourront apporter beaucoup de charme pour agrémenter les photos de vos broderies, en plus d'avoir une belle vocation décorative. 

Ciseaux de broderie



En espérant que cette sélection 

vous permette de faire de belles découvertes ! 

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toutes les références de cette sélection

(Cet article comporte des liens affiliés : sans incidence pour vous si vous utilisez un de ces liens, ils permettent de valoriser le temps que je consacre à préparer ce contenu gratuit. Merci pour votre soutien).

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jeudi 17 mars 2022

Primavera, modèle de broderie du printemps 2022

Modèle de broderie printemps Marion Romain

 Primavera, modèle de broderie imaginé pour le printemps 2022 est en ligne sur Etsy ! 


Comme à chaque printemps, ce sont les fleurs qui reviennent en tête de mes inspirations, elles qui ne sont d'ailleurs jamais très loin à longueur d'année. Pour ce nouveau modèle, j'ai voulu proposer une scène au jardin, dans un certain classicisme, avec une broderie ouvragée mais néanmoins accessible à tout le monde. Avec elle, on aura recours à des techniques variées et facilement transposables par la suite.
 
Ce nouveau modèle téléchargeable est riche de fleurs, bien sûr, et mélange le minimalisme que j'affectionne pour mes silhouettes brodées avec un certain travail sur les textures

Modèle de broderie printemps Marion Romain

Primavera, modèle de broderie à télécharger

Un modèle accompagné de son guide de 15 pages 


Pour ce nouveau modèle saisonnier à télécharger, qui restera accessible en ligne jusqu'à l'arrivée de l'été, j'ai conçu un guide explicatif de 15 pages, largement détaillé en conseils, schémas et photos.

Je prends toujours beaucoup de temps pour rédiger ces guides, afin qu'ils soient les plus exhaustifs possible, qu'ils permettent de décomposer chaque étape et source difficulté potentielle, et que chacun.e puisse venir y chercher l'appui nécessaire, selon sa familiarité avec la broderie. 

J'espère que ce nouveau modèle vous donnera envie de gorger de fleurs ce nouveau printemps qui s'annonce ! 

Modèle de broderie printemps Marion Romain


Si vous le brodez, n'hésitez pas à partager votre réalisation ou votre en-cours avec moi sur les réseaux sociaux, grâce au hashtag #MarionRomainPatterns.

Retrouvez "Primavera", 

modèle de broderie du printemps 2022 

Modèle de broderie printemps Marion Romain
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lundi 28 février 2022

A Year of Stitches - Une année brodée - février 2022

Le mois dernier, je vous présentais la genèse de ce projet brodé, A Year of Stitches, que j'entends glisser dans les recoins de mon temps libre tout au long de cette année 2022. 

A Year of Stitches - février 2022

Quitte à mettre dès le début la chronologie de ce projet "en péril",  j'ai pris le parti de ne pas broder du tout sur ce projet au mois de janvier, préférant en asseoir d'abord confortablement l'idée dans ma tête, tester sa solidité.

A year of stitches - février - Marion Romain

Laisser s'arrimer les idées

Le mois de février m'a permis de la conforter. Il y a quelques jours, j'écoutais Pénélope Bagieu se confier dans un épisode du podcast "Inspiration créative", et elle résumait parfaitement le besoin que j'ai moi-même ressenti de m'assurer que je ne me lasserais pas de mon idée au fil des mois. Les idées vont et viennent, il peut nous en venir parfois beaucoup trop à la fois. Mais peu survivent finalement à l'emballement éphémère qui les a vues naître. Alors se donner le temps d'en laisser une surnager parmi toutes les autres, lui permettre de s'arrimer à soi, c'est souvent s'assurer du fait que cette idée, c'est la bonne

En février, j'ai continué de cohabiter avec mon idée. Ma grande toile est restée un petit moment encore entreposée contre le mur dans mon atelier, tandis que régulièrement, je posais les yeux sur mon dessin préparatoire, réalisé le mois dernier. Lentement je m'habituais à mon projet. 

A year of stitches - février - Marion Romain

Oser commencer

Parfois, face à un projet qui nous parait impressionnant, on ne sait pas - plus - par quel côté commencer, et la tâche nous paraît trop grande. Au fil des semaines de ce mois de février, j'ai fini par réaliser que cette première phase d'observation - certes nécessaire, certes essentielle - finissait par me tendre un piège : à trop souhaiter prendre le temps de m'habituer à mon projet, cette prise de recul prenait le chemin d'une reculade devant l'obstacle. De la même façon qu'on est parfois frileux.euse à amorcer la première page d'un cahier neuf, je n'avais moi non plus pas envie "d'abîmer" ma grande toile. 

Dès que j'ai pris conscience de ce qui me guettait, mi février, le soir-même, je me suis forcée à ne plus réfléchir, me suis emparée d'une paire de ciseaux, d'un crayon à papier, et ne me laissant pas le choix, j'ai enfin reporté mon dessin sur la toile. Deux heures plus tard c'en était fini de la reculade. 

A year of stitches - février - Marion Romain

Broder les premiers points

En cette fin février, les premiers points viennent tout juste d'être réalisés. Et je me souviendrai du jour où j'ai brodé le bec de cet oiseau, de l'actualité sombre qui, m'empêchant de penser à autre chose, d'entreprendre les autres tâches de ma journée, m'aura ramenée aux gestes les plus mécaniques, les seuls que j'étais capable d'exécuter en ce jeudi 24 février 2022. Ce week-end, sur Instagram, alors que j'exprimais mon sentiment d'impuissance face à l'actualité, une personne m'a écrit que les linogravures d'oiseaux qu'elle venait de recevoir lui offraient de s'envoler elle aussi quelques instants en les regardant, s'échappant furtivement du monde. 

Alors, si commencer ce projet était sûrement le plus difficile, si le faire dans ces conditions l'était d'autant plus, j'espère maintenant moi aussi pouvoir m'offrir quelques envolées à travers lui au cours des mois à venir, que j'aimerais voir ponctués de jours plus heureux. 

Rendez-vous au mois de mars pour la suite de ce projet. Je m'attarderai davantage sur mes premiers ressentis par rapport au support et aux techniques choisis. 

A year of stitches - février - Marion Romain

A year of stitches - février 2022 - Marion Romain
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mercredi 2 février 2022

"A year of stitches" - Une année brodée - Janvier 2022

A year of stitches - Une année brodée - 2022

Quand on travaille à partir d'un médium précis, quel qu'il soit, je crois qu'il arrive toujours un moment où l'on ressent le besoin, si ce n'est de changer de médium, au moins de tenter de dire autre chose à travers lui. De le remodeler pour le déployer sur un autre terrain. Changer l'approche, changer l'angle, le support, le sujet ou la technique... Trouver de nouveaux biais à l'expression. La réinvention comme rempart à la lassitude, en somme. 

Après avoir consacré toutes les coulisses de mon année 2020 à l'écriture de mon livre, Broderies dessinées, avoir vu défiler beaucoup d'heures autour de la confection des différents modèles sur tambour qui le composent, à la remise de mon manuscrit, j'ai craint pendant un temps d'avoir dit tout ce que j'avais à dire à travers la broderie.

2021 m'a permis de balayer cette crainte, au prix de quelques menus ré-aiguillages internes dans mon activité - peut-être invisibles aux yeux des personnes qui suivent mon travail. Mais cette année m'aura tout de même suffisamment rappelé à quel point il est essentiel pour moi de me sentir en perpétuel mouvement dans la relation que je noue avec la broderie, la broderie en tant que médium créatif. De bâtir tous les remparts possibles à la lassitude, toujours. 

A Year of Stitches

C'est pour construire un de ces remparts qu'à la fin du mois de décembre, je suis allée sur la plage, une idée un peu folle en tête, une grande toile sous le bras, et que j'ai posé là les bases de ce projet, "A Year of Stitches". 

Genèse du projet

Les projets brodés à l'échelle d'une année abondent sur les réseaux sociaux, à travers des tambours qui s'enrichissent chaque jour d'une nouvelle mini broderie, jusqu'à parvenir, 365 jours plus tard, à une broderie résumant son année entière. C'est un projet auquel j'encourage d'ailleurs tout le monde de prendre part pour accorder un petit temps régulier à la broderie, avec de très courts projets souvent plus faciles à intégrer à son quotidien que de grands ouvrages. 

Ayant pour ma part déjà brodé tout petit, j'éprouvais le besoin d'aller sur un autre terrain. Alors je me suis dirigée vers l'extrême inverse. J'allais "broder grand", très grand, et en y pensant, je retrouvais déjà les fourmillements et l'excitation générés par la perspective d'un projet nouveau. 

Cette grande toile posée là sur cette plage du Finistère, en cette fin d'année, j'allais la couvrir d'un grand dessin brodé tout au long de 2022. 

JANVIER

Les fondations

Quand j'ai mentionné pour la première fois ce projet sur mon compte Instagram le 3 janvier dernier, j'ai fait part de mon intention de documenter ce projet au fil des mois, au rythme de rendez-vous plus ou moins réguliers, selon mes avancées. J'aurai à coeur de le faire sur Instagram, bien sûr, mais face au règne de l'éphémère, ne serait-ce que pour moi, j'ai voulu prendre le temps de poser aussi et surtout mes mots ici, dans cet espace qui m'appartient, et où les écrits résistent davantage au tout-va-trop-vite d'aujourd'hui. 

Je n'ai rien brodé sur ma grande toile en ce mois de janvier. J'aurais bien pu partir bille en tête, capitalisant sur la frénésie des idées de départ. Mais une année, c'est beaucoup, quand il s'agit de cohabiter avec un projet au long cours. Je crois qu'il faut prendre le temps de s'entourer du bon projet comme, dans la vie, des bonnes personnes, pour ne pas risquer de se fâcher au milieu du chemin

En ce mois de janvier, j'ai donc priorisé trois choses : 

- baliser ce projet en faisant le point sur mes attentes et la place que je l'autorise à prendre par rapport à mon activité et à mon temps libre. 

- laisser infuser mon idée de départ pour être certaine de choisir le bon sujet sur la durée. 

- Définir le dessin final et entrevoir les techniques choisies

A year of stitches - Une année brodée - 2022

Cadrage du projet 

Ce n'est pas la première fois que je me lance dans un challenge fil rouge en broderie. Le Stitchtober que j'ai proposé sur Instagram - 31 broderies autour d'un même thème, réalisées tout au long du mois d'octobre dernier - m'a prouvé que j'étais en mesure de faire preuve de suffisamment de discipline - ou d'entêtement, allez savoir ! - pour y parvenir. Pour autant, le souvenir de ce défi est assez frais pour que j'en visualise encore toute la difficulté, notamment en ce qui concerne sa fréquence quotidienne.

Pour ce projet à l'échelle d'une année, je souhaitais moins d'astreinte, et plus de liberté. La possibilité de m'organiser de façon plus déliée, sans rendez-vous quotidien obligé, pourvu que j'arrive à bon port à la fin de l'année, me rassure et me fait considérer le projet avec un regard plutôt apaisé (à l'heure où j'écris tout du moins).

Ce projet étant un défi tout à fait bonus pour moi, qui devra venir se nicher dans quelques moments de temps libre, en parallèle de mon activité, il est indispensable qu'il reste avant tout un projet plaisir

Je compte donc bien ne jamais me laisser déborder par le sentiment de devoir y consacrer du temps, mais capitaliser au contraire sur tous les moments où j'aurai réellement envie de voir les choses avancer. 

Choix du sujet 

Pour pouvoir cohabiter un an entier avec ce projet, j'avais besoin de me sentir suffisamment sûre de mon sujet. Les probabilités sont grandes pour que dans 6 mois, voire moins, je me demande pourquoi donc je me suis lancée dans cette aventure. Ce mois de janvier était donc nécessaire pour sonder, dans ma pratique créative, quels sont les terrains sur lesquels j'estime avoir encore mille choses à explorer, quels sont les champs et les thèmes qui s'avèrent être des constantes dans mon travail. En somme, sonder ce que j'aime aujourd'hui, que j'aimais hier, et que je ne risque pas de ne plus aimer demain. 

    A year of stitches - Une année brodée - 2022
    Beaucoup de sternes sur mon mood board de départ.

    Esquisse du dessin final et prévision des techniques

    • Le dessin 

    En cernant de cette façon ce que j'attendais de ce projet, il m'est apparu clair que l'univers du bord de mer devait être présent, au moins en filigrane, au sein de ce projet. Mêlé à ma fascination pour le monde des oiseaux, ce sont les sternes, celles qu'on appelle les hirondelles de mer, qui se sont imposées. Pour compléter ce tableau, je voulais pouvoir continuer de travailler autour du corps, du mouvement, autre champ que je n'ai pas fini d'explorer. La linogravure "Volare", récemment mise en ligne sur ma boutique, m'a mis le pied à l'étrier pour imaginer un nouveau ballet entre le monde humain et animal.

    A travers ce sujet, j'ai finalement cherché le juste équilibre entre le confort et l'inconfort, entre le connu et l'inconnu. Un sujet suffisamment "réconfortant" pour rester un rendez-vous que j'aurai plaisir à retrouver (je l'espère), mais m'offrant suffisamment de champ d'exploration - en termes de technique notamment - pour me permettre de pousser ma pratique, si ce n'est plus loin, tout du moins ailleurs

    En janvier, j'aurai donc esquissé la trame de ce dessin sur une grande feuille de brouillon, pour positionner déjà sur le papier les éléments principaux de la broderie future, trouver le rythme de l'ensemble. Il me reste maintenant, en ce début février, à reporter ce dessin sur la toile... et à plonger véritablement dans ce projet. 

    A year of stitches - Une année brodée - 2022
    Poser les grandes lignes avant de découper et de reporter le gabarit sur la toile.
    • Les techniques 

    Le mois de février m'apportera plus de réponses sur les techniques définitivement choisies, mais janvier m'a tout de même apporté des débuts de réponse sur cet aspect. 

    Aujourd'hui, je ne sais pas encore exactement où je vais, mais je vois des dégradés, je vois beaucoup de gris et de beige. Je vois de la peinture à l'aiguille, je vois un remplissage de la toile, non pas parfaitement lisse, mais intuitif.  Et il me tarde d'en écrire le prochain chapitre. 

    Pour cela, je vous donne rendez-vous à la fin du mois de février. 

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    samedi 18 décembre 2021

    Noël 2021 : des romans graphiques à offrir ou à s'offrir


    Quand on aime, comme moi, nourrir sa créativité de tous les médiums possibles, quand on est sensible à l'image autant qu'aux mots, il n'est pas étonnant de trouver dans les romans graphiques de quoi satisfaire son imaginaire, son inspiration, autant que sa soif d'histoires et de belles images. 


    Depuis de nombreuses années, les romans graphiques sont ainsi pour moi, avec les ouvrages de littérature jeunesse, parmi les livres que je ne regrette jamais d'offrir et de m'offrir, parmi ceux que je garde et peux rouvrir inlassablement quand je ressens le besoin de m'évader à travers des images, de plonger dans des dessins à l'aquarelle, ou au crayon, à l'encre de chine... Ce sont toujours des voyages. Souvent, ils régénèrent mes propres inspirations, et me donnent envie de renouer, aussi, avec d'autres médiums plus traditionnels, ce que j'ai bien l'intention de faire en cette toute fin d'année. 


    C'est une collection en cours de livres que je chéris, et que j'avais à coeur de mettre en lumière sur mon blog. Des livres qui, lorsqu'on trouve le style de mots et de dessins qui nous correspondent, réussissent à toucher au coeur avec d'autant plus de force et d'immédiateté. Certains m'accompagnent depuis de longues années, d'autres sont plus récents, mais la plupart m'ont séduite tant sur le fond que sur la forme, ce qui est généralement mon critère numéro 1 pour choisir un roman graphique.


    Tous ne sont pas forcément encore entrés dans ma collection, notamment parmi les dernières parutions, mais il n'est pas impossible qu'ils se trouvent déjà sur ma Wishlist de Noël. 


    Noël 2021 : des romans graphiques à offrir ou à s'offrir




     Les Strates, de Pénélope Bagieu

    A travers ce nouveau livre, Pénélope Bagieu revient sur différentes "strates" de sa vie qui l'ont construite en tant que femme et autrice. Avec le trait qu'on lui connaît, elle nous fait tantôt rire, tantôt pleurer, elle nous bouscule et pique au coeur parfois quand certaines pages font miroir avec nos propres strates et souvenirs de vie. 

    Alice Guy, de Catel & Becquel

    Un roman graphique à glisser entre les mains de tous les passionné.e.s du 7è Art ! Alice Guy, bien trop longtemps laissée dans l'ombre de l'Histoire du cinéma, a pourtant été la toute première réalisatrice, tournant en 1896, tout juste un an après l'invention du cinématographe par les Frères Lumière, à 23 ans, son premier film, La Fée aux choux. Elle va réaliser d'innombrables films en France, côtoyer tous les grands pionniers de son époque, de Gustave Eiffel à Charlie Chaplin, partir à la conquête de l'Amérique, toujours sans vraiment recevoir la reconnaissance à la hauteur de son travail. Ce roman graphique la remet en lumière, avec un travail très bien documenté et une pointe d'humour appréciable. 

    La jeune femme et la mer, de Catherine Meurisse 

    Un ouvrage qui avait gagné mon coeur rien qu'à l'évocation de son titre, "La jeune femme et la mer". A l'intérieur, tout est sensible, et délicat, ou drôle, ou tout cela à la fois. A travers des dessins magnifiques, qui rappellent Hokusaï parfois, Catherine Meurisse nous emmène au Japon, où elle a vécu dans une résidence d'artistes à un moment où elle cherchait à renouveler ses inspirations au milieu des paysages japonais. Ce roman graphique, c'est tout un voyage, qui nous invite à questionner la place de l'être humain dans la nature, et l'insaisissable caractère du monde vivant. Un trésor de beauté. 

    Ecumes, de Ingrid Chabbert, Carole Maurel

    Un roman graphique oscillant entre le noir et blanc et la couleur, selon les émotions peintes. Beaucoup de sensibilité dans ce récit très personnel d'Ingrid Chabbert, mis en images par Carole Maurel, qui aborde le thème de la résilience après la perte d'un enfant, ou comment se reconstruire après un drame aussi dur, au delà des écumes.


    Le faux soir, de Christian Durieux, Denis Lapière, Daniel Couvreur 

    Un ouvrage très récent que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire, mais dans lequel il me tarde de plonger, tant il semble documenté. Le faux-soir revient sur une action de la résistance belge menée en 1943, quand elle parvient à diffuser un journal pastichant le "Soir volé", quotidien belge confisqué par les occupants nazis. 50000 exemplaires parviendront à se faufiler pour être vendus, non pas seulement dans le circuit clandestin, mais aussi dans le circuit normal de diffusion, sous les yeux de l'occupant. L'épisode, bien que ponctué d'une fin tragique, puisqu'il vaudra à ses auteurs la mort ou la prison, fera du bruit jusqu'à Londres et Washington, soulignant la force de la satire comme arme de résistance face aux oppressions.

    Le jeune acteur, de Riad Sattouf 

    Dans ce roman graphique, Riad Sattouf revient sur le parcours de Vincent Lacoste, qu'il a lui-même propulsé au cinéma, lui l'adolescent timide et complexé de 14 ans, en lui offrant le premier rôle du film Les Beaux gosses. Difficile de trouver quelqu'un mieux placé que Riad Sattouf pour lui consacrer aujourd'hui ce livre. Beaucoup de chemin parcouru depuis, Vincent Lacoste étant devenu un des acteurs français les plus en vue, tantôt sérieux, tantôt pince sans rire, toujours un peu dans une sorte d'entre-deux mi comique mi tragique, que réussit bien à traduire ce livre. 



    Je serai le feu, Diglee

    Diglee met en lumière 50 poétesses des 19è, 20è et 21 siècles, parmi lesquelles certaines sont tombées dans l'oubli. A travers ce livre, elles retrouvent avec leurs poèmes, le devant de la scène, à travers une biographie, un portrait illustré par Diglee, et des extraits de leur oeuvre. 

    Ce nouveau livre de Diglee est un trésor, beau à l'extérieur, beau à l'intérieur. Il ne ressemble à aucun autre. Il est à mes yeux un de ces livres qu'on aimera conserver après sa lecture, dans lequel on reviendra assurément se plonger pour feuilleter régulièrement quelques pages en quête d'un peu de poésie. 

    Jane, le renard et moi, Fanny Britt, Isabelle Arsenault

    Jamais déçue par les illustrations d'Isabelle Arsenault, ce roman graphique, paru en 2013, reste un de mes favoris encore aujourd'hui. Fanny Britt y raconte l'histoire d'Hélène, adolescente mal dans sa peau, moquée par ses camarades de classe, qui trouve refuge dans l'univers de Charlotte Brontë et de son oeuvre Jane Eyre. Difficile de ne pas être touché.e par le récit profondément sensible et poétique de cette adolescence, magnifiquement illustrée, dans laquelle on trouvera forcément des échos avec quelque parcours de vie, sur des questions toujours d'actualité.

    Seul le silence, Fabrice Colin, Richard Guérineau

    Pour les amateurs de thriller. Adapté du roman noir de Roger Jon Ellory, Seul le silence s'intéresse à un évènement tragique de l'enfance de son personnage, Joseph Vaughan, devenu écrivain à succès, quand il découvre, à 12 ans, le corps d'une fillette assassinée dans son village. Durant toute son adolescence, il tentera de fuir les séquelles de ce choc traumatique, qui continuera de le marquer jusqu'à sa vie d'adulte. Jusqu'à ce qu'il découvre, alors qu'il pensait l'affaire élucidée, que l'auteur des faits est toujours à l'oeuvre, et qu'il décide de prendre l'enquête à son compte. 

    Dans la forêt, Lomig 

    Lu l'hiver dernier, après deux confinements et une année particulièrement déstabilisante pour la planète entière, ce roman graphique m'a surprise par les parallèles que j'ai pu y faire avec ce monde en état de pause que nous venions de vivre. Que s'est-il passé exactement dans le contexte post-apocalyptique qui nous est présenté, pour que ces deux soeurs se retrouvent ainsi livrées à elles-mêmes, sans vivres et sans électricité ? L'histoire ne le précise pas, mais en voyant mentionnées cette "grosse épidémie" au détour d'une page, cette pénurie de médicaments, ces populations décimées, on est forcé.e de faire quelques liens avec notre époque actuelle. 

     Les illustrations, en noir et blanc, sont superbes et servent particulièrement bien le récit, détaillant tout aussi bien les expressions et les émotions des personnages, que les majestueux paysages de la forêt servant de théâtre à l'histoire. La forêt, elle-même, est un personnage à part entière. 

    Cela pourrait être une de ces lectures plombantes qu'on voudrait s'épargner dans le contexte que nous vivons, mais Dans la forêt est au contraire rempli de lumière. Il est un retour à la nature, au respect de ce qui nous entoure. Il est finalement plein d'espoir et de leçons à tirer. 

    Les grands cerfs, Gaétan Nocq

    Adapté du roman de Claudie Hunzinger, Les grands cerfs s'accompagne d'une superbe palette et unité de couleurs, qui nous plonge immédiatement dans l'hiver, dans une sorte d'ambiance feutrée, comme enveloppée de silence. Gaétant Nocq nous transporte dans les forêts Vosgiennes, sur les traces des grands cerfs, aux côtés de Pamina et de son compagnon Nils, qui ont choisi d'y vivre isolés du monde. 


    En faisant la connaissance de Léo, photographe animalier, Pamina apprendre peu à peu à observer les cerfs, découvrant du même coup leur extrême vulnérabilité face à certaines pratiques des humains. 



    Les coeurs insolents, Ovidie, Audrey Lainé

    Un ouvrage auquel j'ai été un peu plus sensible au fond qu'à la forme, qui revient sur la jeunesse des années 90, ambiance classe moyenne et vie pavillonnaire. Un monde d'avant les réseaux sociaux, avant l'hyperconnexion d'aujourd'hui, mais pas dénué de problématiques qui continuent d'être d'actualité. Ovidie trace des liens entre l'adolescence de sa fille, aujourd'hui, et sa propre adolescence, mettant en avant de nouveaux combats, en réveillant d'autres qui restent à poursuivre, s'interrogeant sur son rôle de mère. 

    Bonjour tristesse, Frédéric Rébéna, d'après l'oeuvre de Françoise Sagan

    On ne présente plus l'oeuvre de Françoise Sagan, et en proposer une adaptation en bande dessinée était à mes yeux un pari un peu risqué. Découvert dans la très belle boutique Boa de Rennes, dont la sélection de livres est toujours de qualité, ce roman graphique ne m'a pas du tout déçue, offrant à l'oeuvre originale un écrin, une matière plus riche encore, de quoi s'étoffer, ce qui a fait dire à certains que l'adaptation en venait même à dépasser l'original, ce qui est la preuve d'un joli tour de force.

    Malgré tout, Jordi Lafèbre 

    Douceur et poésie, dans les mots comme dans les images, pour cette histoire d'un amour platonique entre Ana et Zeno. Une relation singulière qui nous est présentée par une narration inversée, remontant jusqu'à sa source. 

    En revenant en arrière dans le temps, on fait l'inventaire de tout ce qui a empêché cette histoire de prendre vraiment forme, tout autant que celui de tous les éléments qui l'ont malgré tout définitivement scellée, d'une certaine manière. Et c'est plutôt très beau. 

    L'oasis, de Simon Hureau 

    Dans cette BD, Simon Hureau raconte l'histoire de son jardin abandonné, auquel il a redonné vie, lui qui était tout à fait novice en jardinage, le transformant petit à petit en une vraie oasis de biodiversité. C'est le livre d'un passionné à la passion contagieuse, qui donne envie de se créer son petit jardin, de cultiver ses légumes et de s'émerveiller de ses premières récoltes. 

    Peau d'homme, Hubert et Zanzim

    L'histoire se déroule dans la Renaissance italienne. Bianca, jeune fille de bonne fille, est en âge de se marier, et son destin semble déjà scellé avec un riche, jeune et beau marchand. Peu motivée à l'idée de se marier avec un inconnu, Bianca découvre un trésor de famille, une "peau d'homme" qui permet de déambuler incognito sous les traits d'un homme. Grâce à elle, Bianco peut devenir Lorenzo, et mettre un pied dans le monde des hommes, prenant alors d'autant plus conscience de tous les interdits réservés aux femmes. 

    L'histoire s'ouvre à des problématiques encore cruellement d'actualité, sur la question du genre, sur les injonctions faites aux femmes, dans une société encore profondément patriarcale, tout en oeuvrant pour une libération des meurs. 


    Le baume du tigre, Lucie Quéméner

    Dans cette famille d'origine chinoise, trois générations cohabitent, sous l'autorité de Ald, le patriarche, tyrannique. C'est l'histoire d'une quête, celle de l'émancipation au sein d'une famille conservatrice, où il est mal vu d'aspirer à devenir médecin plutôt que de reprendre le restaurant familial. 

    • Sous un dessin tout au crayon, sobre et très harmonieux, la quête de l'indépendance se fait dans un constant souci de la question des racines et de l'héritage culturel. 



    Blanc autour, Wilfrid Lupano, Stéphane Fert

    Dans l'Amérique du Nord de 1832, Prudence Crandall, institutrice, accueille dans son école une jeune fille noire, Sarah, dont l'arrivée est très mal perçue par la population blanche. Un an plus tôt, Nat Turner, un esclave noir alphabétisé, a pris la tête d'une révolte sanglante, ancrant dans l'esprit des locaux que l'alphabétisation des populations noires était un danger, alors même que l'esclavage n'est plus pratiqué dans la plupart des Etats d'Amérique du Nord. Sous la menace des familles de retirer leur enfant de l'école, Prudence Crandall ne cède pas, et crée la première école de jeunes filles pour la communauté noire américaine. 

    Une histoire de sonorité, d'un combat contre le racisme, trente ans avant l'abolition de l'esclavage, qui résonne encore aujourd'hui. 

    Les grands espaces, Catherine Meurisse

    Ce livre, c'est une plongée dans le monde de l'enfance, celle de Catherine Meurisse, à la campagne, où naîtra sa vocation de dessinatrice, mais la nôtre aussi, et celle, au sens plus général du terme, où se forgent l'imaginaire et les rêves. 


    Ne m'oublie pas, Alix Garin

    Une tendre manière d'aborder le thème de la maladie d'Alzheimer à travers l'histoire de Clémence et de sa grand-mère, qui s'échappent de la maison de retraite de cette dernière pour partir sur la route, à la recherche de la maison d'enfance. Une quête qui s'avère surtout un prétexte pour se retrouver, pour défier le temps qui passe et en attraper chaque seconde passée ensemble. 


    Vivian Maier, à la surface d'un miroir, Pauline Spucches

    Quel incroyable destin que celui de Vivian Maier, qui photographia dans l'ombre durant toute sa vie, laissant nombre de ses clichés à l'état de négatifs, faute de budget pour les développer, pour finalement connaître une reconnaissance mondiale de manière posthume, et devenir une des plus grandes photographes du XXè siècle. 

    Le parcours hors du commun de cette photographe, gouvernante pour enfants, méritait bien au moins une biographie dessinée, romancée, et celle-ci, tout juste parue, figure donc en bonne place sur ma Wishlist de Noël. 


    Radium girls, Cy

    Dans le New Jersey des années 1920, on suit un groupe de femmes au sein de l'usine qui les emploie pour peindre des cadrans de montres grâce au Radium, une substance luminescente aux propriétés étonnantes, synonyme de progrès. Très investies dans leur travail, les cinq ouvrières sont amies, se surnomment les "Ghost girls", et s'amusent, insouciantes, à se peindre les ongles ou le visage avec ce produit "magique", en réalité mortel, au contact duquel elles travaillent sans protection ni aucune mise en garde. Très vite, certaines femmes commencent à souffrir d'anémie, voire pire, et on comprend que cet épisode oublié de l'Histoire est celui du destin de personnes sacrifiées au nom du progrès technique. 

    Le tout est superbement illustré par le trait, tout au crayon, de Cy, dans une palette allant du vert au violet. (En plus, la couverture brille dans la nuit !)




    Cinq mille kilomètres par seconde, Manuele Fior

    Il y a des livres qui nous saisissent tout entier.ère et qui nous accompagnent année après année sans parfois qu'on puisse se s'expliquer. Cinq mille kilomètres par la seconde est pour moi de ceux-là, et je pourrais aujourd'hui encore me fondre dans chacune de ses pages. La palette de Manuele Fior est magnifique, tantôt uniformément sépia, tantôt uniformément bleue, tantôt mêlant le rose au vert, offrant toujours un univers chromatique cohérent. Pour un peu, chaque case semblerait même avoir été faite comme un tableau, belle en tant que telle sans, et formant aussi partie d'un tout. 

    Sur le fond, ce sont des êtres qui s'aiment, qui se sont aimés, éloignés, c'est une simplicité, c'est un peu doux-amer, comme la vie. 


    Petite terrienne, Aisha Franz

    Voilà presque 10 ans qu'est paru ce roman graphique, le tout premier d'Aisha Franz, et j'avais envie de lui accorder une place dans cette sélection, encore aujourd'hui. 

    Le dessin, au crayon, est très doux, spontané, et semble hésiter autant que ses personnages, parfois (il y a même des endroits où l'autrice, manquant de place, se permet de déborder sur la case adjacente. L'histoire se déroule dans une cité pavillonnaire des environs de Berlin : une mère célibataire, dépressive, compose avec le quotidien, et rêve à celle qu'elle aurait pu devenir, entourée de ses deux filles. La plus jeune, "la petite", est en manque de repères familiaux, et s'échappe autant que possible dans son monde, celui des rêves et de l'imaginaire, tandis que la plus grande, adolescente, rêverait d'être déjà adulte.

    C'est le récit d'une famille qui peine à communiquer, c'est une manière très réussie de capturer les non-dits. 

    Max Winson, Jérémie Moreau

    Adorés à leur sortie en librairie, le tome 1 et le tome 2 de ce roman graphique trônent en bonne place parmi mes favoris. Ils existent désormais sous la forme de cette intégrale, qui plaira forcément à tous les amoureux.euse.s de tennis. Max Winson, c'est l'histoire d'un joueur de tennis qui tiendrait à la fois de Bjorn Borg, de Rafael Nadal, de Roger Federer, de Novak Djokovic... et d'une machine : un joueur porté aux nues par le public, par la presse, adulé, et surtout invincible, n'ayant jamais perdu un match de toute sa vie. Pourtant, derrière l'hyper médiatisation, derrière la pression inhumaine qui peut peser sur les acteur.rice.s du monde sportive, il y a une autre réalité, celle de quelqu'un finalement fragile, qui ne s'est construit qu'à travers le sport. J'ai trouvé ce roman graphique très haletant et touchant à la fois, permettant de faire de nombreux parallèles avec le sport spectacle d'aujourd'hui. 

    Bonne lecture, et très belles fêtes de fin d'année ! 

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