Si vous me suivez sur Instagram, vous avez peut-être vu passer quelques stories en direct de l'atelier de gravure ce week-end. J'ai été très touchée par les retours que j'ai reçus à propos de la gravure que je partage avec vous aujourd'hui. Cet enthousiasme m'a rappelé une de mes aspirations créatives pour 2018, qui est de mettre davantage la gravure à l'honneur sur mon blog cette année.
Ni une, ni deux, j'ai décidé de lui consacrer un article et de décomposer avec vous le processus de son impression. Je sais que cette pratique paraît encore obscure aux yeux de certains, alors si je peux contribuer, à ma petite échelle, à éclaircir les choses, j'en serai ravie.
Processus d'impression de la linogravure
Le matériel de linogravure
Voici le matériel auquel j'ai eu recours pour cette gravure.
- Ma plaque de linoléum préalablement gravée avec mes fidèles gouges de la marque Pfeil. C'est le deuxième portrait que je réalise dans cette même veine. En bonne amoureuse que je suis des pulls jacquard, j'ai eu envie de décliner quelques personnages autour de ce thème. Je vous montrerai la jumelle de ce jeune homme très prochainement.
- des tubes d'encres typographiques. J'utilise la gamme Aquawash de la maison Charbonnel, des encres qui se nettoient à l'eau et dont je suis très satisfaite. Ils ressemblent à des tubes de gouache, mais la texture des encres est plus collante et pâteuse. Il faut la travailler un peu à la spatule avant de l'appliquer sur la plaque de linoléum gravée. Pour mon personnage en pull jacquard, j'ai opté pour de l'ocre jaune et un bleu de Prusse mélangé à une pointe de noir.
- Des rouleaux encreurs. Je raffole des tout petits rouleaux, qui me sont souvent bien utiles pour des encrages de précision dans certaines zones de ma plaque où différentes couleurs se cotoient.
Graver la plaque de linoleum
Depuis mes débuts en gravure, je me suis concentrée sur la linogravure, qui n'est qu'UN type de gravure parmi d'autres. J'aime la douceur de la matière qu'on grave - des plaques de linoléum -, et le caractère moins physique de la tâche par rapport à la gravure sur bois. C'est une sensation que je trouve assez agréable.
Je ne m'attarderai pas sur cette étape de la gravure dans cet article, mais je vous laisse observer l'état de ma plaque après l'avoir gravée. En gravure, je conçois toujours mes dessins sur papier, avant de les décalquer sur la plaque de linoléum.
Encrer la plaque de linoleum
Comme je l'ai écrit, l'encre de linogravure "se travaille" avant de pouvoir l'appliquer au rouleau. J'utilise des spatules (ici, une spatule de peintre), et j'étire raisonnablement la matière. Le but est de pouvoir ensuite appliquer une fine couche d'encre sur le rouleau. La principale erreur à éviter ? Encrer sa plaque de linoléum avec un rouleau trop chargé en encre. Ce qui risque de se produire au moment de l'impression, c'est que l'encre "bave" et comble les creux de la plaque, ceux-là même qui sont censés rester blancs.
Je fais en sorte d'encrer ma plaque avec un rouleau encré de manière régulière sur toute sa largeur, pour une application d'encre uniforme.
Il n'est pas nécessaire de trop appuyer au moment d'encrer sa plaque, il faut simplement veiller à laisser le moins de traces de rouleaux possible, car celles-ci pourraient se voir à l'impression.
Vous remarquerez que ma gravure est bicolore. Pour réaliser des gravures polychromes, plusieurs options se présentent à nous en linogravure :
- graver les différentes zones de couleur sur plusieurs plaques, et les imprimer en les associant comme un puzzle (je suis assez coutumière de cette méthode).
- réaliser une gravure dite "en réduction", ou "à lino perdu", ce qui consiste à graver et imprimer sa plaque en plusieurs fois, de la couleur la plus claire à la couleur la plus foncée, en regravant la plaque entre chaque étape. Au fur et à mesure qu'on regrave et réimprime la plaque couleur par couleur, celles-ci viennent successivement recouvrir partiellement les précédentes (je vous laisse aller regarder la jolie gravure Art Déco de Fabienne, pour laquelle elle a utilisé cette technique). À la fin du processus, la plaque de linoléum n'est plus utilisable, ce qui oblige à réaliser tous les tirages qu'on souhaite faire de sa plaque dès le départ.
- Trouver des stratagèmes pour que les différentes couleurs choisies ne se touchent pas directement sur la plaque. C'est l'option que j'ai choisie pour cette gravure.
Ici, j'avais envie d'emprunter aux pulls jacquard leur variété de couleurs et motifs, tout en allant à l'essentiel dans mon trait. J'ai donc choisi d'exploiter le blanc du papier et de m'en servir comme une couleur à part entière pour le pull : en creusant une large bande dans ma plaque - comme je vous le montre sur la photo précédente -, j'ai non seulement intégré une partie blanche dans les motifs du pull, mais j'ai aussi séparé la zone supérieure du personnage, encrée en bleu marine, et la partie basse encrée en ocre jaune. Ces espaces, grâce à la large taille les séparant, ne se touchent pas, et il m'a donc été beaucoup plus facile d'utiliser deux couleurs sur la même plaque, sans risquer qu'elles se chevauchent et que le résultat ne soit pas propre. Sans cette astuce, il m'aurait fallu opter pour une des deux autres techniques sus-citées.
À savoir que ce n'est pas un choix qui s'improvise. Il vaut mieux l'anticiper dès la conception du dessin.
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| Grâce à la large bande blanche taillée dans la matière, je peux aisément réaliser mon encrage bleu marine sans dépasser sur l'ocre jaune préalablement encré. |
Procéder à l'impression :
Une fois que la plaque de linoléum est correctement encrée, vient le moment que je préfère, celui de l'impression !
En effet, la plaque de linoléum n'est qu'un intermédiaire, ce n'est pas la gravure ! Elle est une matrice qui va permettre de transférer son dessin gravé, puis encré, sur le papier.
La gravure, c'est le résultat auquel on aboutit une fois qu'on peut tenir le papier entre ses mains. Elle diffère d'une illustration print classique par la technique utilisée et le fait que chaque tirage est un original, unique, car réalisé à la main. Il faut encrer à nouveau sa plaque de linoléum entre chaque impression, ce qui rend le processus d'impression très long quand on souhaite imprimer à 30, 50, 100 exemplaires (soyons fous !). À titre d'exemple, en l'espace d'un après-midi, j'ai pu imprimer cinq exemplaires de la gravure que je vous présente aujourd'hui.
Cette étape de l'impression est vraiment pour moi la plus excitante, car c'est là que le dessin qu'on a imaginé prend vie. Jusque là, il n'est pas toujours évident de savoir si on a bien travaillé (comprendre, si le résultat sera à la hauteur de nos espérances) rien qu'en regardant la plaque de linoléum : on voit son dessin en négatif, les coups de gouges apparents donnent parfois l'impression d'un travail un peu grossier, et il faut forcer sa perception pour voir que les "creux" correspondent aux zones qui resteront blanches sur le papier.
Pour imprimer ses linogravures, là encore, différentes techniques coexistent :
- imprimer à la cuillère : on place la feuille de papier sur laquelle on souhaite imprimer sa gravure sur sa plaque encrée, et méticuleusement, on vient littéralement appuyer sur la plaque avec une cuillère, centimètre par centimètre, en maintenant une pression égale avec le pouce et un petit mouvement de balancier. Je ne pourrai pas vous en dire beaucoup plus sur cette technique, car, impatiente comme je suis, je ne suis parvenue à aucun résultat probant avec elle. Il faut y passer beaucoup de temps, c'est un travail de titan, que je trouve peu agréable et même plutôt douloureux. Ceci dit, certains parviennent à de très beaux résultats avec cette technique (et ont toute ma admiration !).
- imprimer à l'aide d'une presse : je dispose d'une petite presse à manivelle à la maison depuis peu, ce qui a vraiment changé ma pratique de la gravure. C'est un vrai plaisir de pouvoir imprimer sans attendre mes linogravures, tranquillement depuis chez moi. Je l'utilise plutôt pour de petits formats, et réserve les impressions plus délicates au moment que je passe, une fois par mois, dans un vrai atelier de gravure, muni d'une grande presse professionnelle.
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| Ici, sur la presse, on positionne la plaque de linoléum sur un fin papier protecteur. Sur celui-ci, j'ai tracé les contours de la feuille A4 sur laquelle je souhaite imprimer la gravure. Ce sont mes repères, qui me permettent de placer ma plaque gravée telle que je veux la voir imprimée sur le papier. |
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On place la feuille de papier sur la plaque (et non l'inverse, comme on le ferait avec un tampon) avant le passage sous la presse. (Personnellement, je recouvre encore la feuille avec un autre papier très fin)
Et voilà !
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J'espère que vous aurez apprécié cette incursion dans le processus de création d'une linogravure. Comme je l'ai écrit dans mon premier article de l'année, j'ai envie, cette année, de vous apporter davantage de contenu autour de la gravure. Si j'ai fini par en partager de moins en moins en 2017, c'est que j'étais gênée de publier des articles simplement pour vous "montrer" une gravure. Si un article comme celui-ci vous a plu, j'essaierai donc de vous faire entrer plus souvent dans les coulisses de mes réalisations en gravure à l'avenir.
Si vous avez des questions ou des choses que vous n'avez pas bien saisies dans mon article, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaire, je me ferai un plaisir de vous répondre !
Et pour finir, une petite épingle
si vous souhaitez garder facilement cet article en mémoire.