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mardi 29 mai 2018

Quand les bords de mer m'inspirent : ma linogravure marine #1

linogravure 3 couleurs

En matière de création, que ce soit pour mes broderies ou mes linogravures, les dessins me viennent souvent en tête par série de deux ou trois au moins, comme une petite histoire qui s'écrirait en quelques images. Ce n'est sûrement pas un hasard si un de mes rêves serait de fabriquer un jour un album illustré pour les enfants. 

Quand les bords de mer m'inspirent : ma linogravure marine


Et si je préfère généralement varier les plaisirs en changeant de direction d'une broderie ou d'une gravure à l'autre, pour ne pas risquer de me lasser, je dois reconnaître que je connais en ce moment une certaine obsession pour le thème marin. Les bords de mer m'ont toujours inspirée, j'ai d'ailleurs toute une section de mon tableau Pinterest "Inspiration" consacrée au thème marin. 

Et j'aime me dire que la Bretagne est pour moi une source inépuisable de personnages à imaginer. Face au syndrome de la page blanche, une balade à la mer, sur le sentier des douaniers, l'appareil photo en bandoulière, suffit généralement à me faire rentrer à la maison la tête remplie de nouvelles images (et les cheveux plein de sel). J'y reviens toujours. 


linogravure 3 couleurs

Il y a peu de temps, j'ai partagé avec vous une première broderie d'inspiration marine, imaginée au retour de mon voyage sur la côte Basque. Depuis, cette broderie a fait des petits, que je vous montrerai bientôt, mais c'est avec une linogravure que j'ai eu envie de venir toquer à votre porte aujourd'hui. 

Cette linogravure, je l'ai voulue dans le prolongement immédiat de ma broderie précédente. Je trouve un vrai équilibre dans le fait d'alterner mes broderies avec mes gravures, et j'aime de plus en plus essayer d'établir des cohérences d'un médium à l'autre, de créer des ponts entre ces deux domaines qui me passionnent. 

La gravure m'est essentielle pour garder le contact avec le papier car, en bonne amoureuse du beau papier que je suis, je ne pourrais pas me contenter de dessiner sur du tissu. Et surtout, le processus d'impression d'une linogravure, définitivement, a quelque chose de magique à mes yeux, lorsque le dessin qu'on a imaginé sur la plaque de lino se révèle avec toutes ses couleurs sur le papier. 

linogravure 3 couleurs

Impression en trois couleurs


Ici, j'ai donc voulu continuer à m'amuser autour du thème des petits matelots, avec ce portrait en trois couleurs, imprimé à l'aide d'une unique plaque de linoleum. 

J'ai aimé réfléchir à la manière dont le bachi (car c'est ainsi qu'il faut appeler ces bérets marins) pouvait apparaître en négatif (sa forme, blanche, est obtenue en supprimant de la matière sur la plaque de linoleum) et servir du même coup à séparer deux zones de couleur sur la plaque. 

Il n'est pas simple en effet d'encrer de deux couleurs différentes deux zones voisines sur une plaque de lino. Généralement, on opte pour un encrage des différentes couleurs sur autant de plaques distinctes, qu'on assemble au moment de l'impression, ou bien on choisit l'impression à fond perdu, dont il faudra que je vous reparle un jour ! 


linogravure 3 couleurs

Pour cette linogravure, je n'ai retenu aucune de ces deux options, mais j'ai anticipé la problématique dès la conception du dessin, décidant de me servir de la zone creusée pour le bachi comme d'un espace de séparation entre le ciel bleu clair et le bleu marine utilisé pour le personnage. Comme il s'agit d'une zone creusée, en encrant le personnage en bleu marine, l'encre ne déborde pas sur la zone du bachi, qui reste blanche. De la même façon, de l'autre côté, on peut encrer la zone correspondant au ciel en bleu clair en s'arrêtant plus commodément au bord du creux créé pour le bachi. 

Finalement, vous l'avez peut-être déjà remarqué, la seule difficulté correspond au pompon, qui jouxte le ciel bleu. L'encrage du pompon est donc un peu plus délicat - et j'aurais pu choisir de l'ajouter a posteriori, en le gravant sur une mini plaque à part pour l'ajouter dans un second temps - mais c'est une toute petite zone, et c'est donc faisable avec un peu de minutie, en encrant  délicatement cet espace au pinceau, plutôt qu'au rouleau. 


linogravure 3 couleurs

J'espère que vous apprécierez cette nouvelle linogravure. Certaines choses devraient bouger quelque peu pour moi d'ici quelques mois, la création s'apprêtant à occuper une place plus grande dans ma vie. Et il n'est pas impossible que je sélectionne cette linogravure pour l'imprimer à quelques dizaines d'exemplaires destinés à être mis en vente.
Vos retours sont donc toujours précieux pour moi, notamment pour me permettre d'identifier les créations qui plaisent et vous touchent le plus parmi toutes celles que je partage régulièrement avec vous ici et sur mon compte Instagram. ;)


Si vous souhaitez garder facilement accès à cet article, vous pouvez épingler ce visuel sur votre compte Pinterest. 
linogravure 3 couleurs
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mardi 30 janvier 2018

Comment j'imprime mes linogravures

imprimer ses linogravures

Si vous me suivez sur Instagram, vous avez peut-être vu passer quelques stories en direct de l'atelier de gravure ce week-end. J'ai été très touchée par les retours que j'ai reçus à propos de la gravure que je partage avec vous aujourd'hui. Cet enthousiasme m'a rappelé une de mes aspirations créatives pour 2018, qui est de mettre davantage la gravure à l'honneur sur mon blog cette année. 

Ni une, ni deux, j'ai décidé de lui consacrer un article et de décomposer avec vous le processus de son impression. Je sais que cette pratique paraît encore obscure aux yeux de certains, alors si je peux contribuer, à ma petite échelle, à éclaircir les choses, j'en serai ravie.

Processus d'impression de la linogravure 


Le matériel de linogravure 


Voici le matériel auquel j'ai eu recours pour cette gravure. 

imprimer ses linogravures

  • Ma plaque de linoléum préalablement gravée avec mes fidèles gouges de la marque Pfeil. C'est le deuxième portrait que je réalise dans cette même veine. En bonne amoureuse que je suis des pulls jacquard, j'ai eu envie de décliner quelques personnages autour de ce thème. Je vous montrerai la jumelle de ce jeune homme très prochainement. 
  • des tubes d'encres typographiques. J'utilise la gamme Aquawash de la maison Charbonnel, des encres qui se nettoient à l'eau et dont je suis très satisfaite. Ils ressemblent à des tubes de gouache, mais la texture des encres est plus collante et pâteuse. Il faut la travailler un peu à la spatule avant de l'appliquer sur la plaque de linoléum gravée. Pour mon personnage en pull jacquard, j'ai opté pour de l'ocre jaune et un bleu de Prusse mélangé à une pointe de noir.
  • Des rouleaux encreurs. Je raffole des tout petits rouleaux, qui me sont souvent bien utiles pour des encrages de précision dans certaines zones de ma plaque où différentes couleurs se cotoient. 
imprimer ses linogravures
imprimer ses linogravures

Graver la plaque de linoleum 


Depuis mes débuts en gravure, je me suis concentrée sur la linogravure, qui n'est qu'UN type de gravure parmi d'autres. J'aime la douceur de la matière qu'on grave - des plaques de linoléum -, et le caractère moins physique de la tâche par rapport à la gravure sur bois. C'est une sensation que je trouve assez agréable. 

Je ne m'attarderai pas sur cette étape de la gravure dans cet article, mais je vous laisse observer l'état de ma plaque après l'avoir gravée. En gravure, je conçois toujours mes dessins sur papier, avant de les décalquer sur la plaque de linoléum. 

imprimer ses linogravures


Encrer la plaque de linoleum 


Comme je l'ai écrit, l'encre de linogravure "se travaille" avant de pouvoir l'appliquer au rouleau. J'utilise des spatules (ici, une spatule de peintre), et j'étire raisonnablement la matière. Le but est de pouvoir ensuite appliquer une fine couche d'encre sur le rouleau. La principale erreur à éviter ? Encrer sa plaque de linoléum avec un rouleau trop chargé en encre. Ce qui risque de se produire au moment de l'impression, c'est que l'encre   "bave" et comble les creux de la plaque, ceux-là même qui sont censés rester blancs. 


imprimer ses linogravures
imprimer ses linogravures

Je fais en sorte d'encrer ma plaque avec un rouleau encré de manière régulière sur toute sa largeur, pour une application d'encre uniforme.
Il n'est pas nécessaire de trop appuyer au moment d'encrer sa plaque, il faut simplement veiller à laisser le moins de traces de rouleaux possible, car celles-ci pourraient se voir à l'impression. 

Vous remarquerez que ma gravure est bicolore. Pour réaliser des gravures polychromes, plusieurs options se présentent à nous en linogravure : 

  • graver les différentes zones de couleur sur plusieurs plaques, et les imprimer en les associant comme un puzzle (je suis assez coutumière de cette méthode). 

  • réaliser une gravure dite "en réduction", ou "à lino perdu", ce qui consiste à graver et imprimer sa plaque en plusieurs fois, de la couleur la plus claire à la couleur la plus foncée, en regravant la plaque entre chaque étape. Au fur et à mesure qu'on regrave et réimprime la plaque couleur par couleur, celles-ci viennent successivement recouvrir partiellement les précédentes (je vous laisse aller regarder la jolie gravure Art Déco de Fabienne, pour laquelle elle a utilisé cette technique). À la fin du processus, la plaque de linoléum n'est plus utilisable, ce qui oblige à réaliser tous les tirages qu'on souhaite faire de sa plaque dès le départ.

  • Trouver des stratagèmes pour que les différentes couleurs choisies ne se touchent pas directement sur la plaque. C'est l'option que j'ai choisie pour cette gravure. 

imprimer ses linogravures

Ici, j'avais envie d'emprunter aux pulls jacquard leur variété de couleurs et motifs, tout en allant à l'essentiel dans mon trait. J'ai donc choisi d'exploiter le blanc du papier et de m'en servir comme une couleur à part entière pour le pull : en creusant une large bande dans ma plaque - comme je vous le montre sur la photo précédente -, j'ai non seulement intégré une partie blanche dans les motifs du pull, mais j'ai aussi séparé la zone supérieure du personnage, encrée en bleu marine, et la partie basse encrée en ocre jaune. Ces espaces, grâce à la large taille les séparant, ne se touchent pas, et il m'a donc été beaucoup plus facile d'utiliser deux couleurs sur la même plaque, sans risquer qu'elles se chevauchent et que le résultat ne soit pas propre. Sans cette astuce, il m'aurait fallu opter pour une des deux autres techniques sus-citées. 

À savoir que ce n'est pas un choix qui s'improvise. Il vaut mieux l'anticiper dès la conception du dessin. 


imprimer ses linogravures

imprimer ses linogravures
Grâce à la large bande blanche taillée dans la matière, je peux aisément réaliser mon encrage bleu marine sans dépasser sur l'ocre jaune préalablement encré.

Procéder à l'impression :


Une fois que la plaque de linoléum est correctement encrée, vient le moment que je préfère, celui de l'impression ! 


imprimer ses linogravures

En effet, la plaque de linoléum n'est qu'un intermédiaire, ce n'est pas la gravure ! Elle est une matrice qui va permettre de transférer son dessin gravé, puis encré, sur le papier. 

La gravure, c'est le résultat auquel on aboutit une fois qu'on peut tenir le papier entre ses mains. Elle diffère d'une illustration print classique par la technique utilisée et le fait que chaque tirage est un original, unique, car réalisé à la main. Il faut encrer à nouveau sa plaque de linoléum entre chaque impression, ce qui rend le processus d'impression très long quand on souhaite imprimer à 30, 50, 100 exemplaires (soyons fous !). À titre d'exemple, en l'espace d'un après-midi, j'ai pu imprimer cinq exemplaires de la gravure que je vous présente aujourd'hui. 

Cette étape de l'impression est vraiment pour moi la plus excitante, car c'est là que le dessin qu'on a imaginé prend vie. Jusque là, il n'est pas toujours évident de savoir si on a bien travaillé (comprendre, si le résultat sera à la hauteur de nos espérances) rien qu'en regardant la plaque de linoléum : on voit son dessin en négatif, les coups de gouges apparents donnent parfois l'impression d'un travail un peu grossier, et il faut forcer sa perception pour voir que les "creux" correspondent aux zones qui resteront blanches sur le papier. 

Pour imprimer ses linogravures, là encore, différentes techniques coexistent : 

  • imprimer à la cuillère : on place la feuille de papier sur laquelle on souhaite imprimer sa gravure sur sa plaque encrée, et méticuleusement, on vient littéralement appuyer sur la plaque avec une cuillère, centimètre par centimètre, en maintenant une pression égale avec le pouce et un petit mouvement de balancier. Je ne pourrai pas vous en dire beaucoup plus sur cette technique, car, impatiente comme je suis, je ne suis parvenue à aucun résultat probant avec elle. Il faut y passer beaucoup de temps, c'est un travail de titan, que je trouve peu agréable et même plutôt douloureux. Ceci dit, certains parviennent à de très beaux résultats avec cette technique (et ont toute ma admiration !).

  •  imprimer à l'aide d'une presse : je dispose d'une petite presse à manivelle à la maison depuis peu, ce qui a vraiment changé ma pratique de la gravure. C'est un vrai plaisir de pouvoir imprimer sans attendre mes linogravures, tranquillement depuis chez moi. Je l'utilise plutôt pour de petits formats, et réserve les impressions plus délicates au moment que je passe, une fois par mois, dans un vrai atelier de gravure, muni d'une grande presse professionnelle. 
imprimer ses linogravures

imprimer ses linogravures
Ici, sur la presse, on positionne la plaque de linoléum sur un fin papier protecteur. Sur celui-ci, j'ai tracé les contours de la feuille A4 sur laquelle je souhaite imprimer la gravure. Ce sont mes repères, qui me permettent de placer ma plaque gravée telle que je veux la voir imprimée sur le papier. 

imprimer ses linogravures
On place la feuille de papier sur la plaque (et non l'inverse, comme on le ferait avec un tampon) avant le passage sous la presse. (Personnellement, je recouvre encore la feuille avec un autre papier très fin)

Et voilà !

J'espère que vous aurez apprécié cette incursion dans le processus de création d'une linogravure. Comme je l'ai écrit dans mon premier article de l'année, j'ai envie, cette année, de vous apporter davantage de contenu autour de la gravure. Si j'ai fini par en partager de moins en moins en 2017, c'est que j'étais gênée de publier des articles simplement pour vous "montrer" une gravure. Si un article comme celui-ci vous a plu, j'essaierai donc de vous faire entrer plus souvent dans les coulisses de mes réalisations en gravure à l'avenir. 

Si vous avez des questions ou des choses que vous n'avez pas bien saisies dans mon article, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaire, je me ferai un plaisir de vous répondre !

imprimer ses linogravures
Et pour finir, une petite épingle 
si vous souhaitez garder facilement cet article en mémoire.
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lundi 6 mars 2017

C'est quoi la linogravure ?



Pour commencer cette nouvelle semaine, j'avais envie de vous faire rencontrer ce dalmatien, gravé il y a quelques semaines. 


J'ai toujours adoré les dalmatiens, à qui je trouve une élégance folle. Il se trouve que ce chien est un client parfait pour la linogravure, car c'est une activité pour laquelle il faut déconstruire sa manière de dessiner pour concevoir autrement les vides et les pleins, les ombres et les lumières. Les sujets à contrastes forts, comme peut l'être le dalmatien, sont une aubaine pour la gravure, et je dois dire que j'ai pris un malin plaisir à réaliser celui-ci. 


Je me rends compte que je n'explique pas forcément le procédé de la linogravure lorsque je partage avec vous quelques-unes de mes réalisations, et je m'aperçois parfois dans vos commentaires que tout ceci ne coule pas de source pour certain(e)s qui n'en connaissent pas bien le principe. 

Je profite donc de cet article pour expliquer quelques essentiels de la linogravure pour quiconque n'en aurait jamais entendu parler.

  • Comme son nom l'indique, la linogravure est un type de gravure. Il en existe beaucoup d'autres, comme la gravure sur zinc, la gravure sur rhénalon, etc., qui ont chacune leur singularité. 
  • En linogravure, on grave sur des plaques de linoléum -  un matériau que vous pouvez trouver dans les magasins d'Arts et de loisirs créatifs - à l'aide d'outils qu'on appelle des gouges. Il en existe de plusieurs sortes, taillées en "v", en "u", plus ou plus larges, plus ou moins profondes… On choisit une gouge plutôt qu'une autre en fonction de ce qu'on souhaite graver. Si je souhaite graver en finesse, je vais utiliser la gouge la plus précise dont je dispose. Si on contraire, je cherche plutôt à retirer beaucoup de matière, je vais utiliser une large gouge en "u". 
Ici, mes trois gouges favorites : à gauche, celle qui me permet de graver en finesse, les détails, les traits fins, un pelage d'animal, etc. Les deux autres sont des gouges taillées en "u" de largeur plus ou moins importante, dont je me sers pour éliminer la matière. Celle de droite est parfaite pour creuser rapidement une grande zone dont on souhaite se débarrasser  tandis que j'utilise plutôt celle du milieu quand je dois éliminer de la matière au bord d'une zone que je ne dois surtout pas abîmer (elle me permet d'être plus prudente et précise).
  • Ce que vous pouvez voir sur le papier n'est que le résultat d'une impression (je n'ai rien dessiné sur le papier). Il faut concevoir le dessin sur la plaque de linoléum, et penser que celui-ci sera imprimé à l'inverse. Il faut donc constamment avoir en tête cet effet miroir : si sur ma plaque, le chien regarde à gauche, sur le papier, une fois imprimé, il regardera à droite. Parfois, l'effet miroir n'a pas grande incidence (comme ici), mais il devient important par exemple quand vous vous lancez dans un jeu de typographie. Si vous souhaitez graver du texte, il faut écrire votre texte sur du calque au préalable, et le décalquer à l'envers sur votre plaque de linoléum. Vous allez graver un joli charabia, mais ainsi, il sera à nouveau à l'endroit une fois imprimé. 
Sur ma plaque, le dalmatien regarde à gauche, alors que sur le papier, une fois imprimé, il regarde à droite. 
  • L'autre caractéristique importante de la linogravure est que tout ce qu'on grave (= ce qu'on creuse) ne recevra pas d'encre et constituera donc un vide sur votre gravure finale. Toutes les parties de la plaque laissées intactes reçoivent de l'encre. En somme, sur ma gravure de dalmatien, mon réflexe de dessin aurait été de tracer, de creuser les contours, les tâches… comme je l'aurais fait si j'avais dessiné un dalmatien sur le papier. Ici, il faut raisonner à l'inverser : j'ai gravé autour des taches, et conservé cette fine ligne de matière intacte pour obtenir le contour du chien. 
  • Une fois le dessin entièrement gravé, on arrive à l'étape de  l'encrage, en utilisant un rouleau et de l'encre spéciale. J'utilise de l'encre à l'eau, l'Aquawash, de la Maison Charbonnel. C'est à ce moment qu'on découvre vraiment son dessin, car jusque là, on ne pouvait que l'imaginer en forçant sa petite tête à voir au-delà de l'effet miroir. 

  • Ensuite, si on est équipé d'une presse d'impression, on y place une feuille de papier, puis on positionne délicatement sa plaque encrée par-dessus, on protège en recouvrant l'ensemble avec une autre feuille, et on fait marcher la presse. C'est la pression de celle-ci qui vient déposer l'encre de la plaque sur le papier.  
Si on ne dispose pas de presse, on peut également obtenir des résultats plus ou moins satisfaisants avec… une petite cuillère ! De la même manière, on encre sa plaque, on pose une feuille de papier puis sa plaque encrée, une autre feuille par dessus, et on s'arme de patience en s'aidant de la pression de son pouce sur la petite cuillère, pour appuyer sur toute la surface de la plaque, en avançant méthodiquement centimètre après centimètre. Cette technique demande beaucoup plus de temps et d'huile de coude, pour un résultat moins uniforme que celui d'une presse, mais elle a le mérite d'être à la portée de tous, car les presses de bonne qualité sont très onéreuses, et il n'est pas évident de trouver un endroit où on peut en utiliser une.


Il vous plaît ce dalmatien ? 

J'espère que j'aurai éclairé quelques-un(e)s sur le principe de la linogravure à travers cet article. N'hésitez pas à me dire en commentaire si vous seriez intéressés par un article pas-à-pas plus détaillé sur une gravure dont je vous montrerais toutes les étapes. 
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lundi 6 février 2017

Orson l'imparfait, et sa banquise


Après un certain nombre d'articles du lundi consacrés à la broderie, il était temps que j'en revienne un peu à la gravure. C'est chose faite aujourd'hui, avec Orson, que je vous présente tout de suite. Orson, il est dans ma tête depuis très très longtemps, il était d'ailleurs déjà un peu plus que dans ma tête, puisqu'il avait fait une première apparition sous une autre forme par ici aux tout débuts de mon blog, il y a plusieurs années, quand il n'y avait pas grand monde d'autre que moi et les plusieurs moi dans ma tête à se balader sur cet espace. 
Sans doute était-il resté bien lové dans un coin de mon esprit, car c'est bien lui que j'ai voulu graver il y a quelques semaines, alors que j'étais encore tout entière plongée dans l'esprit de Noël. 

Si j'ai tardé à vous le présenter, c'est parce que cette gravure s'est faite en deux temps, exigeant un deuxième passage par l'atelier, le week-end dernier. 
La première fois, il n'était pas joli joli, Orson. J'avance tranquillement, dans le domaine de la gravure, - comme je vous en parlais dans ma rétrospective de 2016 - m'ouvrant petit à petit à de nouvelles manières de procéder. Après avoir débuté par la gravure monochrome, et être longtemps restée fidèle au noir ou au bleu noir, comme avec ma petite chouette, ou mon gorille, mon envie de graver en couleurs a pris le dessus, et il a bien fallu que j'adapte ma pratique à cette envie. 

Lors du premier passage d'Orson à l'atelier, en décembre, j'avais donc imprimé cette boule à neige à partir d'une première plaque de linoléum, puis, après avoir laissé l'encre sécher quelques heures, imprimé par-dessus mon tout petit ours, gravé sur une autre plaque. L'option de la superposition n'était définitivement pas la bonne, car l'encre utilisée pour l'ours n'étant pas suffisamment  sombre, le pauvre se retrouvait, une fois imprimé, traversé par une démarcation bien disgracieuse entre le rouge bien vif du fond et le blanc de la neige. 

Le week-end dernier, profitant d'un nouveau créneau de gravure à l'atelier, auquel je prends part une fois par mois, j'avais pris le temps d'anticiper et de réfléchir à une façon de contourner cette contrainte. J'ai choisi d'évider la silhouette de l'ours sur la plaque correspondant à la boule à neige. La difficulté était d'évider une silhouette qui soit légèrement plus petite (retirer 1 millimètre sur tout le tour) que la taille de la plaque ours, pour être sûre de ne pas avoir d'espace blanc, aussi minime soit-il, entre l'ours et le fond rouge une fois l'ours imprimé par-dessus. 

Avec ce tour de passe-passe, Orson était né. J'aime beaucoup le résultat de cette gravure, qui laisse percevoir le "geste" de sa création : on peut distinguer sur le postérieur d'Orson un petit espace où le rouge et le bleu se superposent encore. J'aurais pu retoucher en gravant davantage la plaque de la boule à neige, mais après tout, ce sont toutes ces petites imperfections qui font le charme de la gravure à mon sens, et qui la différencient de la sérigraphie, voire de l'impression offset, et qui font qu'aucune impression ne sera jamais totalement identique à sa voisine.

C'est tout ça qui me plaît. 
J'espère qu'à vous aussi, Orson l'imparfait plaira. 
Je sous souhaite une bonne semaine !


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lundi 12 décembre 2016

Parés pour l'hiver (avec un petit concours de Noël)

Récemment, je vous présentais ce lévrier filant vers Noël, première de mes gravures imprimées à la fin du mois de novembre, qui me servira sûrement comme carte porte-noms pour placer les invités à table le soir de Noël. Un lévrier qui amorçait aussi pour moi un virage vers des créations plus hivernales. Je l'écris régulièrement par ici, mais l'automne et l'hiver sont très clairement les deux saisons les plus inspirantes pour moi. J'aime les pulls moelleux, les tasses de thé chaud, les intérieurs chaleureux dans lesquels il est bon de rentrer à la fin de sa journée... et j'aime Noël ! 
Chaque année, je suis donc ravie de sentir davantage les idées affleurer à cette période-là, comme par magie, et de pouvoir m'en donner à coeur joie en inventant de nouveaux petits personnages à qui insuffler un peu de cette atmosphère enveloppante de la saison froide. 

Aujourd'hui, je vous fais rencontrer Hector et Marcel, respectivement basset et jack russel, car oui, il faut croire que j'ai connu ces derniers temps une certaine obsession pour les chiens. Décembre oblige, j'ai voulu les réchauffer comme il faut de tout l'attirail possible de l'hiver. J'avais adoré travailler les textures d'un pull en laine sur deux  de mes dernières broderies présentées ici, la jeune fille au renard  et le jeune homme au raton laveur, et j'ai trouvé autant de plaisir à le faire à travers la gravure, cette fois-ci en m'attachant à reproduire des chevrons sur le bonnet fluffy d'Hector. 

Pour Marcel le jack russel, j'ai choisi de "tricoter" une jolie écharpe à carreaux comme je les aime. Et je trouve qu'il la porte plutôt bien !



Il y a toujours une petite part de fébrilité et de surprise au moment de passer à l'impression, mais je suis assez contente de l'aspect final, et je me satisfais de constater comme la gravure et la broderie m'apportent l'une et l'autre des choses complémentaires. C'est drôle comme mon cerveau opère naturellement une sorte de sélection parmi les idées de dessins qui naissent dans ma tête, rangeant les unes dans le "tiroir" de mes futurs projets de broderie et les autres dans ceux de gravure. Parfois je perçois les difficultés que j'aurai à exprimer ce que je souhaite à travers la broderie, quand la gravure me semble le chemin tout tracé pour le faire, et parfois, c'est l'inverse. Ici, c'est la gravure qui s'est imposée comme une évidence pour faire naître Hector et Marcel. 

Ces deux petits chiens, je les ai imaginés comme un bon duo de compères, pour tout vous dire, indissociables. Je me suis attachée à aller à l'essentiel, choisissant un élément fort par gravure (le motif de l'écharpe pour l'une, les chevrons du bonnet pour l'autre), tout en liant les deux chiens par une unité de couleur (leur pelage). J'aime bien les voir exposés en dyptique, l'un de profil, observant l'autre. Je sens qu'ils vont m'accompagner tout l'hiver comme de fidèles petits compagnons de papier. 

Et comme il me ferait plaisir de les voir vous accompagner également, je vous ai préparé un petit concours de Noël sur mon compte Instagram pour offrir à l'un(e) d'entre vous une impression de ces deux gravures réunies. Un seul et unique lot pour la même personne, car comme je l'ai écrit, ces deux-là s'entendent trop bien pour être séparés. Rendez-vous donc sur @marionromain pour tenter votre chance ! C'est ma manière à moi de vous remercier pour vos encouragements réguliers autour de mes créations, et de vous souhaiter en avance un joyeux Noël. ;)

Je vous souhaite une belle troisième semaine de décembre, aussi chaudement équipés que mes deux compères, qui vous plairont je l'espère. 


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vendredi 26 août 2016

62 days of summer #6

Bientôt la fin du mois d'août, et l'heure, pour moi, de refermer mon carnet d'été, dont il ne reste d'ailleurs que très peu de pages. En attendant, il continue de se remplir d'une foule de gens, une foule de personnages à qui je m'attacherais presque, tentée que je suis de leur donner un prénom. Il m'accompagne souvent lors de mes balades, ce carnet, bien que j'accorde un soin infini pour n'en corner aucun coin. Il m'accompagne, et alors j'ai l'impression que ce sont aussi tous mes personnages qui m'accompagnent, Jean, Tiphaine, Augustin, Ernest, Bianca et les autres... 

Cette semaine, je me suis amusée à dessiner mes petits bonshommes comme des couples. Des duos qui font la paire, des couples plus ou moins assortis. Parfois sans réfléchir (c'était le but initial du projet), pour me laisser la surprise, à la fin, de me dire que ces deux-là se sont bien trouvés !

Je vous laisse donc avec les photos des huit portraits suivants, à peine perturbées par la présence de mon petit chat...





Vous pouvez retrouver les précédents articles publiés autour de ce projet d'été en cliquant sur ces liens :

62 days of summer #1
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