Une foule de visages, encore, après ceux mentionnés ici la
semaine dernière. Et, foulant le sol de ces trois autres quartiers d’Istanbul,
une foule de nouveaux coups de cœur.
En montant dans le tram menant de Kabataş à
Sultanahmet, traversant le Bosphore par le pont de Galata, on comprend assez
vite pourquoi ce quartier attire autant de monde. C’est lui, le quartier de
l’Histoire, c’est là Byzance, c'est là Constantinople. On vient de poser le pied sur celle qu'on appela jadis la Nouvelle Rome, et, moi, je trouve que cela fait quelque chose. Et puis,
quand bien même on se moquerait des héritages, c’est beau, tout simplement,
terriblement beau, sans autre considération aucune.
Le palais de Topkapi m’a laissé le souffle coupé par tant
de beauté.
Sonné par la succession de dorures, de mosaïques et de
marqueteries, quand on croit avoir engrangé plus de somptuosité qu’on est capable de
recevoir à la fois, on arrive sur la terrasse dominant la Corne d’Or, le
Bosphore et la Mer Marmara. Là, on est encore soulevé par quelque chose de plus
somptueux, de plus monumental. On explose.
L’authenticité de Balat, Fener et Fatih
Bien loin des apparats de Sultanahmet, j’ai aimé
l’authenticité de Balat, ce quartier juif resté très traditionnel, celle, également,
de Fener, le quartier grec. Pas de boutiques touristiques (pas beaucoup de
touristes non plus, d’ailleurs), pas de restaurants à chaque coin de rue, mais
du linge qui sèche sur des fils tendus au-dessus des rues, des maisons de bois, certaines d'entre elles semblant pouvoir tomber en un souffle.
J’ai aimé lire dans mes guides
touristiques que les plans de ces quartiers étaient surtout proposés à titre
informatif, sans pouvoir être tout à fait fiables. Aucun plan n’existe en effet à
ce jour capable de rendre réellement compte de la topographie des rues de Balat et de ses
voisins. Cela a ajouté du charme à la visite, que nous avons menée avec pour seul repère celui de rejoindre la mer.
D’emblée, la visite promettait d’être une plongée dans un monde à
part, une remontée dans le temps. Dans le quartier de Fatih, très conservateur,
il nous a semblé, spontanément, devoir traverser les rues sur la pointe des
pieds, en silence, presque, pour ne pas déranger, ne pas abîmer. Comme une
visite de mosquée à ciel ouvert, dans le respect des traditions et des
croyances.
Regarder la nuit tomber, au-dessus du cimetière ottoman d'Eyup.
Les architectures des Îles des Princes
Le
patron belge de la boutique Fettah Seramik, rencontré dans le
quartier de Fatih, nous avait ri au nez lorsque nous lui avions exposé notre
intention de nous rendre sur les Îles des Princes un dimanche : « un
dimanche aux Îles des Princes, en plein mois d’août ? Attention à
ne pas tomber à l’eau, dans le bateau bondé ! »
Pensant au fait qu’il
devait maîtriser un tout petit peu plus son sujet que nous, nous lui avons fait
confiance et avons interverti deux jours de notre programme pour visiter les
Îles des Princes en semaine. Je ne saurais dire si ce monsieur nous a sauvés de la
noyade, mais il nous a permis en tout cas de profiter des Îles des Princes dans
une plus grande quiétude, en arpentant des rues calmes et aérées.
J’ai compris assez rapidement pourquoi les îles sont si prisées des habitants d’Istanbul voulant s’éloigner
du fourmillement de la ville le temps d’une excursion. Les paysages que j’ai découverts sur l’île d’Heybeliada, deuxième île de l’archipel en termes de superficie,
m'ont charmée instantanément.
L’architecture semblait vouloir me projeter tout à coup bien loin
de la Turquie, dans un décor de film, dans une atmosphère digne de la Nouvelle
Orléans. Les rencontres faites sur place m’ont appris que des films, d’horreur,
notamment, était régulièrement tournés ici.
La balade s'est achevée sur une note aussi douce qu'étrange, installée à la terrasse d'un salon de thé au service adorable, emprisonnant du regard tout ce qu'il est possible d'attraper au vol, tentant d'enregistrer tout à la fois les images, les ambiances, les couleurs et les parfums : il est de ces endroits dont on est intimement convaincu en les découvrant qu'on ne les arpentera qu'une fois dans sa vie. Là, perdue au milieu de la mer Marmara, j'étais accompagnée de cette étrange intuition que l'heure était venue de dire adieu, non au revoir, à cette île qui m'avait tant plue.
La balade s'est achevée sur une note aussi douce qu'étrange, installée à la terrasse d'un salon de thé au service adorable, emprisonnant du regard tout ce qu'il est possible d'attraper au vol, tentant d'enregistrer tout à la fois les images, les ambiances, les couleurs et les parfums : il est de ces endroits dont on est intimement convaincu en les découvrant qu'on ne les arpentera qu'une fois dans sa vie. Là, perdue au milieu de la mer Marmara, j'étais accompagnée de cette étrange intuition que l'heure était venue de dire adieu, non au revoir, à cette île qui m'avait tant plue.







