vendredi 2 novembre 2012

Léonard

L'imaginaire de Léonard avait tôt fait de se pétrir de petits ogres faussement méchants, de traversées à grandes enjambées dans de lointains pays, de géants, de sombres histoires de bottes de sept lieues oubliées sur le coup de minuit au beau milieu d'un escalier. Tout cela pouvait sembler un peu confus, parfois, et il n'aurait pas fallu s'étonner de le voir rêver d'un loup botté traversant le désert à cheval pour apporter un petit pot de beurre à sa dulcinée endormie depuis des lustres. Quand il rêvait, les livres échangeaient simplement leurs personnages, on se saluait, oubliait les frontières. Tout se télescopait dans un gloubi-boulga jouissif. Chaque nouvelle histoire  venait grossir les rangs de cette grasse pièce de théâtre qui se constituait peu à peu dans sa tête. Les mots devenaient cette pâte à modeler qui lui donnait tout d'un coup tous les droits sur ces êtres de papier. Etaient nées une imagination sans limite, de folles envies d'ailleurs, et une fascination pour les moulins, qui toujours, revenaient, inlassablement, peupler tous ces contes du soir. Quand il avait dû lire Don Quichotte, plus tard, il avait eu l'étrange sensation de rencontrer pour la première fois un personnage qu'au fond, il avait pourtant toujours connu. Ce jour-là, il avait compris qu'il avait grandi en littérature. 
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